8 septembre 1912 : pages 6 et 7
Ah que coucou !
Parce que la mise en page de cette histoire reprend exactement les mêmes spécificités que les pages précédentes, je ne vais pas les remettre ici.
Voici donc, suite à ma signature, les images et les textes pour que vous puissiez, vous aussi, reconstruire chez vous ces deux nouvelles pages… ;) – oui, oui, les tricheurs qui commencent à affluer ici avec leur clé USB pour copier mon fichier ;) mdrrrrr !! bossez un peu, vous aussi ;) mdrrrrr !!
Bisous,
@+
Sab
Au commencement de l’année dernière, une riche Américaine vint commander à une grande modiste de la rue de la Paix des chapeaux garnis d’oiseaux de paradis, pour elle et ses deux filles, qui étaient invitées à assister au couronnement du roi d’Angleterre. La commande était magnifique. Sa cliente partie, Mme Purchic, la modiste, constata qu’elle n’avait qu’une seule plume en magasin
Très perplexe, elle ne savait comment elle allait se tirer de cette affaire, lorsque sa première employée, Mlle Lisette Blanchon, s’offrit d’aller en chercher elle-même, au Congo ou ailleurs, s’il le fallait. En trois mois elle était certaine de faire le voyage et de rapporter le stock nécessaire. Lisette était une Parisienne de vingt-trois ans, débrouillarde et d’une bonne santé. Mme Purchic accepta, lui donna de…
… l’argent et lui souhaita bonne réussite. Lisette fit rapidement sa valise et prit le train pour Bordeaux où elle s’embarqua pour le Congo. Arrivée à Boma, à l’embouchure du fleuve Congo, elle prit passage sur un petit steamer qui remontait très avant dans l’intérieur du pays. Après dix jours de navigation, elle arriva à Bonga, au confluent de la Sangha. C’était un centre important. Elle le trouva ravagé par une razzia…
… opérée il y avait quelques jours par les fameux Makololos, tribu anthropophage, qui avaient tout pillé et emporté une provision de plumes d’oiseaux de paradis recueillies par les habitants du pays. Ces derniers avaient été tués ou emmenés prisonniers, pour être dévorés par les cannibales. L’administrateur s’était enfui à grand’peine et rassemblait des troupes pour châtier les Makololos.
Lisette résolut de se rendre chez ces sauvages et de leur acheter directement, à prix d’or, le stock de plumes volées. Comme le steamer continuait son chemin sur le Congo et que les Makololos habitaient les bords de la Sangha, Lisette acheta au capitaine du bateau un canot à pétrole, des vivres et des munitions. Elles avait remarqué à Bonga deux négrillons du même âge, de la même taille et très intelligents.
Connaissant la langue et les mœurs du pays, ils devaient lui être utiles. Elle les engagea, mais comme ils étaient difficiles à reconnaître un de l’autre, elle peignit sur l’un des barres horizontales jaunes, et l’appela Caramel ; sur l’autre, des croisillons verts et rouges, et le nomma Berlingot. Puis, très émue, elle fit ses adieux à ses compagnons de route, qui la saluèrent de leurs hourrahs.
Caramel tenait la barre du gouvernail, Berlingot surveillait le moteur. Lisette avait revêtu un costume de flanelle blanche et arboré un masque de velours noir pour garantir son visage des atteintes du soleil. Le lendemain de leur départ ils arrivèrent aux approches d’un grand village nègre d’où partaient des cris, des chants ; c’était la capitale des Makololos. Au milieu des cases, sur une place…
… une centaine de noirs dansaient, s’agitaient autour d’un grand feu ; ils étaient à la fin d’un banquet où ils avaient mangé des prisonniers. Leur chef, un sorcier recouvert d’un manteau de plumes, de verroteries, semblait présider la fête. Lorsque le canot accosta, il se leva et s’approcha des voyageurs. A la vue de Lisette, le sorcier hésita, puis s’inclina jusqu’à terre avec des marques de profonde vénération…
… en l’appelant « Macouba, ololo ». Les noirs accoururent à leur tour et se couchèrent à terre comme pour l’adorer. Caramel dit à Lisette que tous la prenaient pour une divinité redoutable qu’ils priaient de rester parmi eux, dans le grand Temple. Le masque noir les trompait sur son origine. Malgré le danger de la situation, Lisette voulut profiter de la méprise. Elle laissa Berlingot à la garde du canot et se rendit à leur désir.
Elle fut conduite en grande pompe, sur un palanquin de bambou doré, jusqu’au Temple. C’était un vaste cube de terre battue et séchée, percé d’étroites fenêtre et entouré d’une épaisse palissade. Au milieu de la cour s’élevait une sorte d’autel surmonté d’un parasol rouge. Lisette vint s’y asseoir, tandis que, cérémonieusement, le sorcier lui mettait sur la tête une…
Attention pour le texte : la partie en fin de cellule est manquante… :(
… coiffure de plumes d’oiseaux du paradis. Des
mations saluèrent l’intronisation de la nouvelle
des Makolols. Chacun de ces derniers vint d
à ses pieds son offrande : plumes merveilleuse des oiseaux de paradis, fruits des tropiques, jatte
etc… Comme l’heure de la sieste approcha le sorcier ferma les portes de l’enceinte et tous se r
[image et texte manquant]
Le négrillon fit le trajet sans difficulté ; les noirs, pendant la grande chaleur, dormaient comme des loirs dans leurs cases. Caramel apporta quatre carabines à répétition et plusieurs centaines de cartouches. Une fois ces munitions rangées à côté d’elle, la porte solidement verrouillée, Lisette se sentit un peu plus rassurée ; elle déjeuna avec son compagnon et dormit quelques heures.
Vers le soir, le sorcier demanda à voir Lisette. Il venait la prévenir qu’une grande fête se préparait en son honneur pour le lendemain, qu’un festin y serait donné et que les captifs de Bonga seraient immolés et rôtis sur un signe de la déesse Macouba. Par l’intermédiaire de Caramel la jeune fille fit comprendre au sorcier qu’elle se refusait absolument…
… à tout sacrifice humain et qu’elle ordonnait de mettre en liberté les prisonniers en question. Le sorcier, très étonné, l’examinait fixement, le masque noir l’intriguait fortement, il soupçonnait là un subterfuge. Brusquement il s’élança et arracha le frêle objet. A la vue du pâle visage de Lisette, il recula et jeta un cri de triomphe et de haine : « - Malheur à toi…
… s’écria-t-il, pour nous avoir trompés et profané le temple de la Divinité ! » Et il se retira en la menaçant encore. Derrière lui, Lisette et Caramel barricadèrent la porte de l’enceinte. Décidemment les affaires tournaient mal, il fallait agir rapidement, Caramel reçut l’ordre d’aller au canot prévenir Berlingot de filer à toute vitesse chercher du secours à la…
… première station. Cette commission faite, Caramel devait tâcher de savoir ce qui se passait dans le village nègre. Leste comme un singe, Caramel se glissa au dehors et se faufila à plat ventre dans les buissons ; ses rayures jaunes et noires le faisaient prendre pour un boa et à se vue les indigènes s’écartaient de lui avec terreur. Arrivé à la berge du fleuve, il trouva Berlingot…
… en lutte avec des Makololos qui buvaient son pétrole à pleins bidons ; le canot était éventré. Berlingot sauta dans une pirogue et, à l’aide de pagaies, fila rapidement, emporté par le courant descendant. Resté seul, Caramel reprit son chemin à plat ventre et arriva au centre du village. Le sorcier haranguait la foule, lui révélait la présence d’une étrangère dans le Temple et proposait d’y mettre le feu sans délai…
… pour purifier le Temple et anéantir ses hôtes sacrilèges. Il fit entasser des fagots tout autour de la palissade et y mit le feu. Une grande lueur rouge illumina la forêt, un cercle de flammes entouraient le temple. Lisette et Caramel (ce dernier était rentré aussitôt) s’armèrent chacun d’une carabine et attendirent les événements. La palissade brûlée, les noirs, brandissant leurs sagaies, s’avancèrent à l’assaut du Temple.
Des coups de feu réguliers les abattaient à chaque pas ; il y en avait déjà une trentaine tués ; les autres, se protégeant des balles par des bourrées de joncs, arrivèrent au mur du Temple et allumèrent ces fagots. Une fumée épaisse pénétra dans l’intérieur, suffoquant Lisette et Caramel, qui se crurent perdus. Tout à coup une fusillade éclata dans le village, les noirs s’enfuirent en hurlant.
Une voix bien connue appela Caramel et Lisette. C’était Berlingot, suivi de l’administrateur colonial et de miliciens qu’il avait rencontrés sur la Sangha. Il lui avait raconté l’étrange situation de Lisette et désigné le campement des Makolols. L’administrateur, qui avait à venger l’agression de Bonga, fit forcer la vitesse de sa canonnière et arriva à temps pour sauver les deux prisonniers.
Le village fut rasé et le sorcier pendu à un palmier. Les exécutions terminées, tout le monde remonta dans la canonnière et rentra à Bonga. Lisette, qui n’avait pas oublié le but de son voyage, emportait un stock magnifique de plumes. Après deux jours de repos à Bonga, où elle fut fêtée par la colonie européenne, elle reprit un streamer qui descendait à Bona et Libreville. Quinze jours après, elle s’embarquait pour Bordeaux, où elle arrivait trois semaines plus tard…
… avec son précieux ballot et ses deux négrillons. A la gare d’Orléans, toute la maison Purchic l’attendait, Mme Purchic en tête, qui l’embrassa avec effusion. Il restait encore dix jours pour confectionner les fameux chapeaux : ils furent livrés en temps voulu et fort admirés à la cour d’Angleterre. Les frais de voyage de Lisette payés, il resta encore un beau bénéfice à Mme Purchic. Quelques mois plus tard, Lisette Blanchon épousait le fils de Mme Purchic…
… très heureuse d’avoir pour bru et successeur une jeune fille aussi intelligente qu’énergique et qui apportait comme dot une provision inestimable de plumes d’oiseaux de paradis. Caramel et Berlingot revêtirent l’uniforme rouge et or des grooms et firent l’admiration des passants. Lisette n’oublia pas son masque noir qui l’avait fait prendre pour la déesse Macouba. Elle l’adopta comme enseigne de son magasin, surmonté d’une belle couronne de plumes d’oiseaux de paradis.










































































