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Jean voit de sa fenêtre passer un petit pâtissier portant une manne sur la tête. Cela lui suggère un bon tour à faire. « - Je vais bien rire », dit Jean.

 

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Là-dessus il prit une grosse pierre et la jeta dans la manne du pâtissier pour en fausser l’équilibre et renverser ce qu’elle contenait.

 

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La pierre, en tombant dans un coin du panier, le fit chavirer, projetant un récipient plein de sauce. Celui-ci vint coiffer Jean, qui était loin d’attendre pareil effet de son bon tour !

 

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Jean fut inondé et son complet neuf des dimanches n’était plus mettable. Il ne rit plus, c’est au tour du petit pâtissier à s’esclaffer de la mine piteuse du pauvre Jean.

 

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A quelque temps de là, Jean vit passer sous ses fenêtres un de ses petits camarades. « - Je vais lui jouer un tour » se dit-il, et il se posta près de la porte de la maison, recouvert de la peau d’ours du salon.

 

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Quand son camarade fut à quelques pas de la porte, l’ours apparut brusquement, faisant une peur terrible au jeune garçon. Jean se mit à rire du succès de sa farce.

 

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Mais à ce moment passa un bouledogue qui, apercevant l’animal, se jeta dessus et le mordit à belles dents. Un cri de douleur s’échappa de la peau d’ours.

 

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C’était Jean qui venait d’avoir un bout de l’oreille emporté par le chien et qui hurlait à fendre l’âme, pendant que son compagnon, remis de sa frayeur, riait à ventre déboutonné.

 

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Ces aventures n’arrivèrent pas à guérir Jean de sa manie de jouer des tous à son prochain. Le voici tenant une bouteille d’encre violette et se dirigeant vers un baquet dans lequel une blanchisseuse vient de faire son bleu.

 

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« - Je vais bien rire, dit Jean, quand la blanchisseuse verra son linge violet au lieu de bleu. » A ce moment, une sirène d’automobile jeta dans l’air sa plainte lugubre. Un gros bélier effrayé…

 

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… fonça cornes en avant, droit devant lui. Ce fut Jean qui reçut la secousse et disparut dans le baquet avec sa bouteille d’encre.

 

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Quand il se releva, Jean était tout violet. Ce fut au tour de la blanchisseuse de rire devant la punition sévère que le hasard venait d’infliger au trop facétieux petit garçon.

 

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[texte des deux colonnes sous cette image]

 

Canard américain.

 

Un journal américain eut la fantaisie d’annoncer un jour, que Thomas Edison venait d’inventer un type de chemise que l’on pourrait porter une année entière sans recourir aux offices d’une blanchisseuse. Cette extraordinaire chemise était formée de trois cent soixante-cinq feuilles prodigieusement fines, fabriquées avec une matière fibreuse dont la composition était le secret du savant.

Il suffisait donc d’enlever, chaque jour, une de ces feuilles pour avoir une chemise d’une fraîcheur immaculée. [Fin colonne]

 

Nombre de journaux reproduisirent ce racontar, et, avec une admirable naïveté, leurs lecteurs y ajoutèrent foi.

Les lettres commencèrent à pleuvoir chez Edison. Beaucoup contenaient des chèques ou des billets de banque envoyés par des gens pressés de posséder l’idéale chemise.

Il vint des missives de toute l’Amérique, de la Chine, de l’Australie, de l’Afrique, etc.

Enfin, las de cette plaisanterie qui tournait à la persécution, Edison fut obligé d’annoncer officiellemeent que le public s’était laisser berner. [Fin colonne]

 

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[Fin colonne]

 

[Colonne 3]

 

Pour rendre la voix au ténor.

 

Au XVIIIe siècle, on usait parfois de certains moyens radicaux, dans la cité des doges, pour réduire à la raison les artistes capricieux.

Le ténor Guadagni avait chanté trois soirs de suite, avec beaucoup de talent et un très vif succès, un opéra nouveau. Le quatrième jour, il devint tout à fait médiocre. Croyant à une indisposition, le public fit preuve d’indulgence envers son chanteur favori et ne lui ménagea point, malgré sa déception, ses chaleureux applaudissements.

Le cinquième jour, Guadagni se montra détestable et l’on sentit nettement que c’était à dessein, pour faire tomber l’opéra.

Après le premier acte, deux spectateurs s’approchèrent de la rampe et, d’un ton courtois mais très ferme, conseillèrent à l’artiste de s’excuser d’abord et de chanter ensuite proprement.

Guadagni se contenta de hausser les épaules. Après le second acte, où il fut encore pire, les deux mêmes personnages renouvelèrent leurs avertissements ; le ténor n’en tint aucun compte. Le spectacle terminé, comme il se disposait à partir en gondole, quatre hommes vigoureux, la figure couverte d’un masque noir, s’emparèrent de lui, le ligotèrent, l’enlevèrent et le déposèrent dans une cave obscure où, pour souper, il n’eut qu’un petit pain.

Comme l’artiste réclamait un menu plus copieux, on lui répondit qu’il serait mieux servi quand il aurait chanté convenablement.

Le ténor avait de l’appétit ; mais il avait encore plus d’amour propre. Il s’obstina et, boudant contre son ventre, il refusa le lendemain d’aller chanter au théâtre. On le laissai dans sa prison et, ce jour là, il n’eut même pas de petit pain, ce qui fit que le jour suivant il accepta avec empressement de reparaître en scène.

- Vous vous trompiez, lui dit alors un des quatre hommes masqués, quand vous pensiez que personne ne pourrait vous contraindre à faire votre devoir. Savez-vous qui je suis ?

- Vous êtes, murmura le ténor frappé d’un respect soudain, vous êtes le doge de la Sérénissime République !

- Non pas, répondit l’inconnu, en soulevant son masque, je ne suis que le bourreau, et voici mes trois aides !

Ce soir-là, Guadagni, parait-il, comme de mémoire d’homme aucun ténor n’avait jamais chanté.

 

R.

 

 

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M. Double était excessivement gros et passablement naïf. Il s’était laissé envahir par la graisse et cela le gênait beaucoup. Il avait beau prendre les remèdes prônés par les réclames des journaux, rien n’y faisait.

 

 

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Dubois, son ami intime, lui conseilla de faire beaucoup d’exercice. « - Pour arriver à un résultat, répondit M. Double, il faudrait une persévérance dont je me sens, hélas ! incapable.

 

 

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- Alors, dit l’ami, essaye un autre moyen. Il y a dans la maison que j’habite un sorcier qi traite ton cas. Il demeure au septième étage, prote en face. Va le voir. »

 

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Double y monta le lendemain. Un homme aux cheveux et à la barbe blancs lui ouvrit la porte. La pièce était étroite et bizarrement meublée.

 

 

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Le sorcier dit au gros homme : « - Vous pouvez maigrir, monsieur. Pour cela, vous n’avez qu’à embrasser cent fois le petit crapaud de bronze que voici. »

 

 

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M. Double allait se précipiter sur le crapaud pour le couvrir de baisers, mais le vieillard l’arrêta d’un geste : « - Malheureux, dit-il, qu’alliez-vous faire là ?

 

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 « Sachez que si vous l’embrassiez plus d’une fois par jour, vous seriez frappé de mort subite. Il vous faudra venir ici chaque matin, sans manquer un seul jour. »

 

 

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Dès le lendemain, M. Double grimpa les sept étages et arriva en haut tout en sueur. Néanmoins il recommença le lendemain et les jours suivants, et après avoir embrassé le crapaud enchanté, il redescendait.

 

 

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Déjà, au bout de quinze jours, les escalier lui paraissaient moins durs à grimper, sa graisse commençait à fondre et il devenait plus agile.

 

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L’effet continua à se produire, si bien que quand arriva le cent et unième jour, M. Double avait retrouvé toute sa sveltesse et sa souplesse d’autrefois. Il alla remercier son bienfaiteur.

 

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Alors le vieillard lui dit : « - Pourquoi n’avez-vous pas suivi le conseil de votre ami Dubois qui vous disait de faire un petit exercice chaque matin ? – Cela aurait été au-dessus de mes forces, répondit M. Double, Dubois ne me connaît pas.

 

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A ce moment le sorcier enleva sa fausse barbe et sa perruque, et Dubois lui-même apparut : « - Si, je te connais, dit-il, et c’est pour cela qu’ayant loué cette mansarde, j’ai trouvé le moyen de te faire grimper chaque jour sept étages. Cela a suffi à te faire maigrir. Quand au crapaud de bronze, il n’a aucune vertu ; c’est un vieux presse-papier bien inoffensif. »

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« En effet, on me réveilla à cinq heures, et nous voilà roulant par la campagne de France, que je ne connaissais pas.

« Durant le voyage, Muddy et Paddy furent d’une gaîté folle.

« - Enfoncés, les requins ! disait Muddy.

« - S’ils attendent au Havre, ils ont le temps de faire le pied de grue ! répliquait Paddy.

« Je me demandais quels pouvaient bien être ces requins-là, mais je n’osai poser de questions.

« ‘Enfin, Muddy prononça :

« - On vient de passer Asnières, nous sommes arrivés !

« Paddy boucla la valise, qu’il avait déposée dans le filet, après y avoir serré une casquette de voyage, Muddy passa les manches de son grand ulster, et tous deux se tinrent debout, devant la portière, dans le couloir du wagon.

« Le train passa sous un long tunnel, puis ralentit sa marche ; bientôt il pénétra sous un grand hall et s’arrêta définitivement.

« Le premier, Paddy sauta sur le quai, puis Muddy, qui, lui, se retourna vers moi, sans doute pour m’aider à descendre.

« Mais alors, il se passa une chose vraiment extraordinaire.

« Deux messieurs se précipitèrent sur Muddy et Paddy, et avant qu’ils eussent eu le temps de faire un mouvement, ils leur passèrent une chaîne au poignet, et rapidement les entraînèrent.

« Cela avait été si rapide, si subit, si inattendu que je n’eus même pas la force de prononcer une parole, de jeter un cri, et, quand je revins de ma surprise, ce fut pour entendre, autour de moi, des gens qui disaient :

« - Ce sont deux Anglais, les voleurs de la South-West-Bank, que l’on vient d’arrêter !

« - Oui, fit un autre, des détectives les attendaient au Havre, mais ils sont arrivés par Dieppe, ou par ailleurs. Heureusement que leur signalement avait été téléphoné à la Sûreté !

« Alors, je compris, mais seulement, ce que Muddy et Paddy avaient voulu dire en parlant des requins.

« Cependant, nul ne faisait attention à moi : je pus m’éclipser au milieu de la foule ; toute la journée, j’ai erré dans Paris me demandant ce que j’allais faire, et ce soir, affamée, morte de fatigue et de je suis tombée sur ce banc où tu viens de me retrouver.

« Et voilà toute mon histoire, mon bon Mironton ! [Fin colonne 1]

 

 

 

CHAPITRE IV

 

Mironton avait écouté sans l’interrompre cet étrange et dramatique récit.

Puis, quand la fillette eut fini, il apprécia :

- Ben vrai, on peut dire que t’en as eu, des malheurs ! Mais, à présent, qu’est-ce que tu comptes faire ?

- Je ne sais pas ! répondit la fillette.

Puis, après une minute de réflexion, elle dit :

- J’avais pensé à retourner à Londres, chez Mrs Shad !

Mais Mironton secoua la tête :

- Faut pas ! décida-t-il gravement. Ecoute ! Tout de suite, ton Muddy et ton Paddy m’ont fait mauvaise impression, et je ne suis pas étonné qu’on les ait empoignés en arrivant à la gare

 

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Saint-Lazare. Il est de toute évidence que ces deux English-là voulaient t’entraîner dans quelque sale coup, et ils ne connaissaient pas non plus ton oncle Lolo que moi ; c’était de la frime ! Ta Mrs Shad, sûrement les connaissait, et elle devait être de mèche avec eux, tu comprends ! Alors, faut pas retourner chez cette femme !

- Oui, acquiesça Blanchette, tu as peut-être raison, puisque c’est miss Dorothea, la fille de Mrs Shad, qui m’a remis entre les mains de Muddy.

- Parbleu ! triompha Mironton. Il te resterait donc d’aller tout raconter au commissaire. Mais je ne te le conseille pas non plus. Vois-tu, ma fille, faut jamais mettre la police dans ses affaires, tant [Fin colonne 2]

 

qu’on n’y est pas forcé. Qu’est-ce qui t’arriverait si tu allais te mettre sous la protection du quart d’œil ? Il ferait une petite enquête, retrouverait ton oncle Camille, qui est ton tuteur, et te refourrerait dans ses pattes. Or, je ne sais pas, c’est une idée à moi, mais les micmacs de ton oncle Camille ne me paraissent pas francs du collier !

Pour toute réponse, Blanche Delatre poussa un gros soupir, et Mironton reprit :

- Vois-tu, ce qu’il faut, c’est retrouver ton oncle Lolo ; ce doit être un bon zigue, ton oncle Lolo ; je ne le connais pas, mais il me semble que je l’aime déjà ! S’il habite Paris, ce ne doit pas être difficile d’y mettre la main dessus. Comment c’est-il qui s’appelle, ton oncle Lolo !

- Il s’appelle mon oncle Lolo ! répondit Blanche.

- C’est pas un nom ça !

- Je ne lui en connais pas d’autre !

- C’est le frère de ta pauvre maman, n’est-ce pas ?

- Oui !

- Et comment qu’elle s’appelait ta maman ?

- Mme Delatre !

- Bien entendu ! Mais son nom de jeune fille !

Blanchette hocha la tête :

- Je ne sais pas ! fit-elle piteusement.

Du coup Mironton leva les bras au ciel :

- Si tu ne sais pas comment qu’il s’appelle, fit-il, ce sera plus durillon pour le trouver !

- Alors ?

Mironton s’était plongé dans ses réflexions :

- Alors, fit-il enfin, on y pensera, et c’est bien le diable, si on ne trouve pas un moyen ! J’ai toujours entendu dire que la nuit portait conseil, et voici justement que le jour se lève ! Il s’agit, pour l’instant d’aller gagner mon déjeuner, et le tien ! Quand je t’ai trouvée, sur ce banc, j’allais m’envoyer un bon coup de traversin, à l’auberge de la Belle Etoile, dont je suis un des plus assidus clients, sous le pont de la Concorde, où il y a toujours des sacs de plâtre, où c’est plus mou que sur la pierre. Mais il ne s’agit plus de dormir, pour moi du moins !

On va aller aux Halles, on mangera une bonne soupe, puis, tandis que j’irai à mon travail, je te trouverai un bon dodo, car tu tombes de fatigue, ma pauvre petite, et t’as rudement besoin de te remettre un peu de toutes les émotions !

Et, ce disant, il se leva, prit la petite par la main, et tous deux se dirigèrent vers la place de la Concorde.

Le jour se levait, en effet, et là-bas, par delà les arbres des Tuileries, on apercevait dans le ciel une grande raie lumineuse, d’un rose très pâle et les becs de gaz commençaient à clignoter dans la douce clarté de l’aurore. [Fin colonne 3]

 

 

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Descendant les Champs-Elysées, une file ininterrompue de charrettes chargées de choux, de carottes, de salades, de navets, se dirigeait vers les Halles d’un pas lent. Les conducteurs, pour la plupart, dormaient tout là-haut, dans la fraîcheur des légumes, et leur bête, à demi somnolente, suivait docilement la file, sans que leur maître eût à s’occuper d’elle.

Pourtant, conduisant une énorme voiture de choux, un homme, tout recouvert d’une immense limousine qui lui descendait jusqu’aux pieds, marchait à côté de son cheval tout en fumant une courte pipe.

Mironton le reconnut, et il le salua :

- Bonjour, Toine, vous n’êtes pas en avance ce matin ?

L’homme tourna la tête, et, souriant :

- Tiens, c’est toi Mironton ?

Et du manche de son fouet, désignant la fillette :

- T’as donc trouvé une compagne ?

- C’est ma petite sœur.

- Ah bah ! T’as donc de la famille ? Tu n’en avais jamais parlé, vieux camarade ?

- C’est qu’elle était à la campagne ! Je viens de la tirer de nourrice, assura Mironton.

- Et comment que tu l’appelles, ta sœur ?

- Parbleu, Mirontaine ! répondit Mironton en éclatant de rire.

Toine regarda la fillette, puis :

- Elle est bien pâlotte, ta petite sœur ! et puis, on dirait quasi qu’elle peut plus se traîner ! C’est-y aux Halles que tu te rends ?

- Comme tous les matins, Toine !

- Alors, hisse ta sœur sur la carriole, ça la reposera un peu, cette pauvre gosse !

- Ma foi, c’est pas de refus, Toine !

Et Mironton aida Blanchette à grimper sur la charrette, où, parmi les choux, il lui fit une façon de petit creux où elle pourrait se tenir sans danger ; puis il descendit et se mit à marcher à côté du maraîcher, tout en discourant de la pluie et du beau temps, qui ont une si grande importance pour un jardinier des environs de Paris.

Ce Toine était un brave garçon, à qui souvent, le matin, Mironton donnait un coup de main pour l’aider à décharger ses légumes sur le carreau des Halles ; Toine lui donnait quelques sous pour le payer de sa peine, et, il ne se passait pas un jour qu’il ne lui dit :

- Mironton, un de ces dimanches, faudra nous venir voir à Nanterre ; le père et la mère te recevront bien, car tu es un brave petit gas, et l’on tuera un lapin, en ton honneur !

Et Mironton promettait toujours. Mais les dimanches succédaient aux dimanches sans qu’il tînt sa promesse. Le pauvre Mironton n’avait guère le temps de se payer un pareil voyage, et puis, pour tout dire, la campagne lui faisait un peu peur.

Et, ce matin-là, le bon Toine ne manqua pas de renouveler son invitation :

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- De ce coup, mon gas, tu vas nous venir voir à Nanterre, cela fera du bien à ta sœur, une journée de bon air et de verdure !

- Pour sûr, promit Mironton, que je vous mènerai Mirontaine !

Mais ils arrivèrent aux Halles.

Pendant le trajet, la pauvre Blanchette, brisée de fatigue, s’était endormie parmi ses choux et on eut du mal à la réveiller.

- Pauvre goss ! murmura Mironton, va falloir que je la mène au dodo !

- Où ça ? demanda Toine, intrigué.

- Vous occupez pas de ça, Toine, je connais les bons endroits ! Espérez-moi seulement cinq minutes, et je m’en vais lui border sa couverture !

Blanchette avait les yeux tout barbouillés de sommeil et, automatiquement, elle suivit Mironton.

Il se dirigea ver le pavillon de la volaille, descendit un escalier et se trouva dans les sous-sols, tout encombrés de cages à poulet, où, déjà, une douzaine de jeunes femmes étaient toutes occupées à plumer des volailles, dont les plumes voltigeaient de droite et de gauche, couvrant leurs vêtements, s’agrippant à leurs cheveux, s’amoncelant en des coins, véritables montagnes de duvets.

- Holà ! Miroton, tu viens nous donner un coup de main ? demanda une des plumeuses.

- Pas ce matin, car il faut que j’aille aider Toine.

- Alors, tu nous amènes une aide ! ajouta la femme, en voyant la fillette que Mironton tenait par la main.

- Pas pour aujourd’hui. Ma petite sœur arrive de voyage et elle tombe de sommeil, comme vous le voyez, aussi, j’ai pensé que vous lui laisseriez piquer un petit coup de poinçon…

- Comment donc, est-ce que ça se refuse, ces [Fin colonne 2]

 

choses-là ! Arrange-là toi-même, car tu connais les bons endroits, brigand !

Mironton ne se le fit pas dire deux fois ; au fond de la salle, entre deux piles de cages vides, il amoncela un bon matelas de plumes et de duvets, y fit étendre Blanchette, puis, lui dit :

- Et tu sais, dors ton content… Je viendrai te réveiller, quand le moment sera venu !

Puis, ayant crié merci aux plumeuse de volailles, il s’en vint rejoindre Toine.

La fillette dormait déjà.

Mrionton était un courageux petit bonhomme qui ne boudait pas à l’ouvrage ; bravement il aida Toine à décharger sa voiture de choux ; tandis que Toine, huché sur la carriole lançait les choux sur la chaussée, Mironton, fort habilement les alignait sur le carreau, les montait en une muraille bien droite qui faisait plaisir à voir.

Quand ce fut fini, Toine dit au petit :

- Tu vas garder la marchandise, hein, pendant que je vais casser une croûte et boire un coup de vin ?

- Comme d’habitude ! répliqua Mironton.

Le jour se levait lentement, un jour sale et brumeux, prometteur de pluie ; autour des halles, c’était un bourdonnement de ruche en travail : chacun allait et venait, silencieux et affairé ; de grands haquets amenaient le poisson au pavillon des marées ; en sabots, couverts de tabliers tachés de sang, des garçons déchargeaient d’énormes quartiers de viande dans le pavillon de la boucherie ; les caisses et paniers de primeurs s’entassaient un peu partout, et de la rue du Louvre une forte odeur d’éther trahissait les tombereaux d’oranges que l’on déversait en vrac devant les magasins des commissionnaires et qui semblaient une coulée d’or roux ; maintenant, sur le carreau, on ne circulait plus qu’entre deux remparts de carottes, de choux, de salades, de navets et, sous la clarté pâle de l’aube, dans le brouillard, toute une activité régnait, tandis que là-bas, Paris dormait encore.

Comme le coup de cloche sonnait, indiquant que la vente en gros pouvait commencer, Toine revint relever Mironton de sa faction.

- Merci, mon vieux Mironton, lui fit-il avec une tape amicale, tu es un bon petit homme et tu sais, quand tu voudras venir à Nanterre, avec la petite sœur !

- C’est entendu ! fit Mironton, empochant la poignée de petite monnaie que Toine lui glissa dans la main.

Et il fila du côté de la pointe Saint- Eustache.

- Il ne s’agit pas de flâner, songea-t-il ; me voici chef de famille, j’ai gagné ma pitance, il s’agit d’aller gagner le déjeuner de Mirontaine, maintenant !

 

(A suivre.)

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Le vieux château d’Entraigues mire ses épaisses murailles dans les eaux d’émeraude de l’Etang-Vert, formé par la Mâlerne qui descend en torrent des montagnes voisines, pour s’élargir aux pieds du château et autour d’un îlot qui lui fait face, en un riant petit lac dont les eaux semblent dormir. Là, au temps des fées, vivait le seigneur Aubry d’Entraigues…

 

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… avec sa femme, la douce et languissante Ysabel, malade depuis longtemps, et leurs trois enfants : Amaury, dix ans, Ghislaine, sept ans et Olivain, cinq ans. Ce château était le patrimoine d’Aubry, mais la fortune qui était immense appartenait à sa femme. Un jour, Ysabel s’éteignit doucement et, sur sa prière, Aubry la fit inhumer dans l’îlot de l’Etang-Vert.

 

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Le sire d’Entraigues regretta peu sa femme, car il ne l’avait épousée que pour ses richesses et, peu après, il se remariait avec une jeune veuve d’une grande beauté, nommée Viviane d’Aurenne. Cette femme, ne possédant aucune fortune, avait elle-même, par contre, une fillette de trois ans, Maribel, et sa beauté était le seul don dont la nature l’eût dotée…

 

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… car elle était méchante et ambitieuse à l’excès. Elle ne tarda pas à exercer sur son mari un despotique empire. Les enfants de celui-ci étaient souvent maltraités par elle et par leur père même, car elle ne cessait de les lui représenter comme des gamins rebelles et vicieux. Les pauvres petits fuyaient le plus qu’ils pouvaient la présence de leur marâtre.

 

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Ils aimaient se tenir sur la berge de l’étang qui faisait face à l’îlot dont ils apercevaient le blanc mausolée où reposait leur mère et ils restaient là longtemps, implorant le secours de celle qui les avait tant aimés. Souvent, ils suppliaient leur père de les conduire auprès du tombeau qu’ils n’avaient jamais approché.

 

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Mais Aubry le leur refusait durement et, de crainte que les enfants ne fussent tentés d’y aller seuls, il tenait enchaînée au cadenas la petite barque qui, sur l’étang, excitait souvent leurs désirs. Cependant, les petits d’Entraigues grandissaient, et aussi Maribel d’Aurenne dont la mère était dévorée de jalousie…

 

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… à la pensée que sa fille qu’elle adorait, serait pauvre, tandis que ceux-là, qu’elle haïssait, possesseurs de tout le bien de leur mère, vivraient dans l’opulence. Sans cessé, en des discours adroits et perfides, elle insinuait à son mari que, ses enfants étant morts…

 

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… il hériterait de la fortune dont il n’avait que la jouissance et qu’à leur majorité ceux-ci lui réclameraient. Et elle couvrait en même temps les pauvres innocents des plus noirs défauts. Aubry qui, déjà, aimait peu ses enfants, à l’exception du petit Olivain, finit par céder aux criminels instigations de sa femme.

 

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Un soir que ses enfants l’imploraient à nouveau de les conduire à l’îlot, Aubry détacha la barque et y fit entre Amaury et Ghislaine. A dessein, il avait éloigné Olivain. Longtemps, dans un restant de scrupule, Aubry hésita et, sans aborder, il évoluait autour de la petite île.

 

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La nuit tombait déjà, qu’il balançait encore, et les enfants s’étonnaient que leur père mit si longtemps à aborder l’îlot. A un moment, s’étant tourné ver le château, Aubry distingua sa femme à une fenêtre ; le misérable se décida. Ils se trouvaient à un endroit très profond de l’étang. Les enfants, impatients, tournés vers l’îlot, se penchaient sur le rebord de la barque.

 

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Soudain, Aubry donna un brusque et violent coup d’aviron et les enfants tombèrent dans l’Etang-Vert. Epouvanté par l’horreur de son crime, Aubry se sauva à toutes rames, sans se retourner, de sorte qu’il ne vit pas sortir des eaux, à l’endroit même où il avait noyé ses enfants.

 

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… deux cygnes d’une blancheur resplendissante qui s’empressèrent de gagner l’îlot où semblait les attirer une blanche apparition. C’était l’âme d’Ysabelle d’Entraigues qui avait obtenu des fées habitant l’îlot, que ses chers petits fussent changés en cygnes au moment où la mort allait recueillir leurs âmes à la surface de l’étang.

 

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Ysabel couvrit les oiseaux de caresses et leur fit un nid à l’ombre du tombeau de marbre blanc, d’où elle sortait dès que la nuit s’étendait sur le lac, pour y rentrer sitôt que l’aube dissipait les voiles de la nuit. La méchante Viviane exaltait du succès de ses machinations.

 

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Mais quand elle vit qu’Olivain avait échappé à la mort et qu’Aubry était décidé à épargner son dernier né, elle résolut de se défaire elle-même de l’enfant. En attendant, la petite Maribel et lui étaient très liés. Un jour, les deux enfants aperçurent sur l’étang deux gracieux cygnes qui, loin de s’effaroucher, s’approchèrent et se laissèrent caresser par eux.

 

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Depuis ce jour, Olivain revînt souvent au bord de l’étang. Un soir qu’il s’y était attardé, Viviane parut et, attirant l’enfant vers un endroit du bord d’om le fond de l’étang ne se voyait pas, à cause de la grande profondeur, elle y précipita Olivain qui l’avait suivie sans méfiance, et se sauva en hâte. Mais les cygnes l’avaient vu et, plongeant sous les eaux…

 

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… ils ramenèrent l’enfant à la surface et le transportèrent dans l’îlot. Là, Olivain grandit en cachette, protégé par les fées et les cygnes qui pourvoyaient à sa subsistance. La nuit, l’âme de sa mère veillait sur lui.

 

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Au château, Aubry vivait maintenant dans un remords affreux. Chaque anniversaire de son épouvantable crime lui ramenait des nuits terribles où des rêves atroces lui représentaient la douce Ysabel qui venait lui demander ce qu’il avait fait de ses enfants.

 

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Maribel, cependant, se parait d’une grande beauté, mais si elle était encore plus belle que sa mère, elle était aussi vertueuse que Viviane méchante. Elle aimait se promener sur les bords de l’étang, songeant à son ami d’autrefois, Olivain, si mystérieusement disparu. Elle se plaisait à donner à manger aux cygnes et, plus d’une fois…

 

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… Olivain reçut d’eux les friandises que leur prodiguait Maribel. Ces cygnes étaient un mystère pour Aubry et Viviane, car dès que ceux-ci paraissaient vers l’étang, les oiseaux, pressentant leur approche, disparaissaient en plongeant, pour aller ressortir hors de leur vue. Mais ils aimaient les caresses de Maribel. Un soir d’été, la jeune fille, voulant trop s’approcher des cygnes, glissa dans l’étang.

 

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Les oiseaux la soutinrent en l’entraînant vers l’îlot, où Maribel eut l’extrême surprise de voir un beau jeune homme en qui elle reconnut Olivain. Celui-ci lui révéla le secret de sa disparition, due au crime de sa mère, et Maribel ne voulut plus retourner au château. D’ailleurs, un épouvantable orage sévissait.

 

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C’était justement le soir anniversaire de l’exécrable forfait d’Aubry. Cette nuit-là, aux transes de ses cauchemars, se mêlent de sinistres bruits : le vent hurle, la foudre gronde : les eaux si calmes de l’Etang-Vert battent les murailles. Soudain, un cri l’éveille : « - Aubry, Aubry, sauvons-nous ! Sauvons Maribel ! » C’est Viviane, folle de terreur.

 

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La Mâlerne, enflée par l’orage, envahit le château. L’eau gagna l’escalier, les salles basses !... Aubry ouvre la fenêtre : l’eau y clapote déjà !... Bonheur ! une barque heurte le mur… c’est celle qui lui servît à noyer ses enfants… Qu’importe ! c’est le salut ! Aubry y prend place avec sa femme, qui pousse des cris de désespoir, car Maribel a disparu !

 

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« - Gagnons l’îlot ! » crie Aubry. La barque ballotté flotte en tous sens sur l’étang et Aubry rame désespérément vers l’îlot, seul refuge possible. Soudain, deux grands cygnes paraissent devant l’esquif et l’empêchent d’aborder. Alors surgit une blanche apparition : « - Aubry ! Aubry ! qu’as-tu fait de tes enfants ? »

 

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C’en est trop ! Les deux criminels, terrassés par la peur, le désespoir, le remords, tombent dans la barque qui s’engloutit sous les flots. Le lendemain, l’Etang-Vert avait repris sa tranquillité. Une barque vide y flottait. Olivain et Maribel regagnèrent le château où, peu après, ils se mariaient. Ils y vécurent longtemps dans le bonheur et la vertu.


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Marcel Perquin était un enfant de huit ans. Ses cheveux bruns, ses yeux intelligents, sa physionomie souriante en faisaient un être charmant.

Excellent élève à l’école de Beaupont, affectueux avec ses parents, il n’avait qu’un défaut, mais assez grave pour assombrir ses belles qualités : il était désobéissant.

Aux heures de classe et le dimanche, où il se sentait surveillé, Marcel paraissait docile. Dès qu’arrivait le jeudi, comme ses parents, très occupés, ne pouvaient exercer leur vigilance sur le petit garçon, il agissait à sa guise et s’en repentait toujours.

D’ailleurs, qui pourra jamais compter les bêtises que font les enfants, le jeudi ?

C’est le jour des escapades, des maladresses et des catastrophes. Marcel en fit l’expérience à ses dépens.

Se trouvant seul, de bon matin, il se dirigea vers la Seine. Ayant improvisé une ligne avec une branche d’arbre, une ficelle et un appât quelconque, il se proposait de pêcher, non pour manger une friture qu’il n’eût pas osé rapporter chez lui, mais pour éprouver son adresse et sa chance. Il sut bientôt à quoi s’en tenir sur ces deux points.

En approchant du fleuve, à l’endroit où tous les bateaux du pays étaient amarrés, il aperçut un garçon plus âgé que lui, nu-tête et nu-pieds, mal vêtu et qui, assis à l’avant d’une barque dans laquelle étaient sa boîte d’asticots et un panier sale, tendait au-dessus des flots une ligne de bonne fabrication. Ce premier occupant lança un regard méfiant au nouveau venu qui s’installait dans le bateau voisin, mais le voyant si jeune et si mal muni, il pensa n’avoir rien à craindre d’un tel concurrent et cessa de l’observer.

Cela ne faisait pas l’affaire du jeune Perquin, disposé à se renseigner sur un art qu’il connaissait peu.

- Y a-t-il beaucoup de poissons par ici ? demanda-t-il.

- Des fois.

- En as-tu déjà pris aujourd’hui ?

Sans répondre, l’autre ouvrit son panier qui laissa voir quelques goujons parmi lesquels deux ou trois se débattaient encore.

- Oh ! je voudrais bien en attraper autant ! s’écria Marcel.

Pour imiter son compagnon, qu’il supposa expérimenté, il s’assit à l’avant de la barque, laissant prendre au dehors ses petites jambes, et jeta le piège en attendant la dupe.

L’inconnu le regarda et sourit de sa naïveté car la ligne d’occasion était trop courte, peu flexible et l’hameçon atteignait l’eau à peine.

L’enfant, plein d’espoir, se fatigua vite de l’immobilité et bavarda pour passer le temps.

- Ils ne veulent pas mordre, dit-il enfin. C’est ennuyeux.

- Tais-toi, riposta le voisin. Tu ne fais que parler et le bruit effraye les poissons.

Marcel se pencha pour mieux voir.

- Oh !... En voilà un qui vient… un gros… il approche… je crois qu’il…

Il tomba tout droit, sentant l’eau dans sa bouche, son nez, ses oreilles, ne pouvant plus respirer, puis, son pied toucha un obstacle et il remonta rapidement, revit la lumière à travers ses paupières closes, se débattit, reprit haleine et ses doigts se crispèrent sur un bâton oscillant. Alors il ouvrit les yeux. Le jeune pêcheur, qui lui tendait sa ligne, l’encourageait de la voix :

- Tiens ferme… Ne crie plus… Laisse-moi faire.

La ligne ramenée doucement conduisit l’imprudent jusqu’à la barque où il se cramponna et put monter, grâce à l’aide vigoureuse du sauveteur.

Fou de joie, il balbutia :

- C’est gentil, ce que tu as fait là… Sans toi, j’étais noyé… Merci… Merci.

Jetant ses bras mouillés au cou du camarade

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de rencontre, il l’embrassa sur les deux joues puis éclata en sanglots. L’autre, malgré sa nature fruste, s’attendrit.

- Mon pauvre petit, dit-il, tu es trempé… Tu vas prendre froid… Faut rentrer chez toi bien vite pour te sécher.

- Je vais être grondé !... On m’avait défendu de jouer au bord de l’eau.

- Ben !... T’en seras quitte pour recevoir une paire de gifles… Je sais ce que c’est… On n’en meurt pas… Faut pas se tenir à l’ombre pour grelotter… Cours au soleil… Où que tu restes ? C’est-y loin ?

- A la gendarmerie de Beaupont.

- Y a pas dix minutes de chemin… Va vite.

Marcel Perquin s’éloigna bien triste et bien penaud. Il arriva à la caserne où Mme Eblin, la femme du brigadier, qui traversait la cour, l’aperçut. Elle vint à lui et, comme il la savait bonne, il avoua sa faute, sans réticence.

- Tes parents ne sont pas rentrés… As-tu la clef du logement ? demanda-t-elle.

Par bonheur, il la trouva dans sa poche. Mme Elbin qui, elle aussi, avait un fils et n’ignorait pas les ennuis que les enfants causent à leur famille, s’occupa, tout en grommelant, de déshabiller le noyé qu’elle mit au lit et réchauffa d’une tasse de thé au rhum, ce qui fit grand plaisir à Marcel.

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Enfin Mme Perquin rentra. Mise au courant de l’aventure et bien qu’elle vit son fils sauf, elle pleura d’émotion, ce qui l’empêcha de penser à un châtiment quelconque.

Le trouvant un peu rouge et redoutant la fièvre, elle courut chez le docteur Mérignon, qu’elle ramena.

Le médecin était très aimé de Marcel dont il avait récemment soigné une grave bronchite. Il entra, furieux contre son jeune client.

- C’est ainsi que tu achèves ta convalescence, mauvais sujet ! Tu vas peut-être gagner à ce jeu-là une congestion pulmonaire.

L’enfant eut peur. Il entrevit les drogues, la diète et regretta plus encore son escapade.

- Je ne me sens pas malade, dit-il. Seulement j’ai chaud.

M. Mérignon lui tâta le pouls et l’ausculta.

- Rien d’anormal pour le moment, affirma-t-il. Ecoute-moi, Marcel, si tu aimes ton père et ta mère, si tu veux être la joie de leur vie et la consolation de leur vieillesse, sois obéissant. Nous avons perdu notre fils, comme les parents ont failli le perdre aujourd’hui, parce qu’il nous a désobéi.

- Qu’a-t-il donc fait ? demanda Mme Perquin.

- Etant au marché avec sa bonne à Poissy, il l’a quittée pendant qu’elle faisait un achat et a disparu.

- Quel âge avait-il ?

- Six ans… Il en aurait onze aujourd’hui. Toutes les recherches restant vaines, on eut l’idée d’aller au bord de l’eau car, malgré notre défense, il s’en approchait toujours et on nous rapporta son chapeau, tombé dans les herbes du [Fin colonne 2]

rivage. Jamais le corps de notre pauvre Albert ne nous fut rendu. Cinq ans se sont écoulés depuis cet affreux malheur qui nous a fait quitter le pays où j’avais une belle clientèle. J’ai tout sacrifié pour arracher ma femme au désespoir qui l’eût conduite à la folie et depuis dix-huit mois, nous sommes ici, non pas plus heureux, mais plus résignés.

Des larmes s’échappèrent des yeux de la mère qui entendait ce triste récit et quand le docteur, après un court silence, put maîtriser son émotion, il dit en tapotant la joue de Marcel :

- Je crois inutile de le garder à la maison. Laissez-le jouer dans le jardin, je reviendrai demain.

La nuit fut bonne et le matin, Marcel Perquin qui se souvenait d’avoir déjà vu son sauveteur la veille vendre des paniers aux clients des cafés voisins de la gare, se dirigea de ce côté, après l’école, et l’apercevant, courut à lui.

- Viens vite chez nous, dit-il, papa veut te parler.

- Je n’ose pas.

- Pourquoi ?... Il ne te fera pas de mal.

- C’est pas sûr… Il est gendarme, n’est-ce pas ?

- Oui, mais tu n’as rien à craindre de lui… Au contraire, il dit qu’on te doit de l’argent parce que tu m’as retiré de l’eau.

- Qui c’est qui me doit de l’argent ?

- Je crois que c’est M. le maire. Il parait que cette récompense-là s’appelle une prime de sauvetage.

- Combien que c’est ?

- Je n’en sais rien.

- Je veux bien recevoir l’argent mais tu me l’apporteras toi-même.

- Oh ! ça ne se peut pas, mon vieux. On voit bien que tu ne connais pas les affaires. Papa m’a expliqué qu’on va faire un procès-verbal pour raconter la belle action, puis qu’on mettra sur le papier ton nom et ceux de tes parents.

Le visage du gamin se rembrunit et, sans une parole, il s’enfuit.

Très intrigué, Marcel rentra en hâte à la gendarmerie où il conta son entretien avec le vagabond.

- Ce doit être le vils du vannier ambulant, dit M. Perquin. Les gens de cette sorte ont toujours peur des gendarmes. On a dû recommander à l’enfant de nous éviter afin de ne fournir aucun renseignement. S’il en est ainsi, j’irai à la roulotte avec un collègue pour interroger ces nomades suspects.

Cette conversation avait lieu dans le jardin. Le bruit de la grille qu’on entr’ouvrait attira l’attention de Marcel qui s’écria :

- Le voilà !...

Mais le visiteur, plus disposé à reculer qu’à avancer, fit signe à son camarade de s’approcher.

- On m’a permis de venir, murmura-t-il… Je n’ose pas entrer.

- Que tu es bête ! s’exclame l’ex-noyé en manière de bienvenue, papa ne va pas te manger.

- Mon fils a raison, dit le gendarme en refermant la grille. Viens goûter avec lui. Tu verras que je ne suis pas méchant.

- Vous ne me mettrez pas en prison, bien vrai ?

- Tu n’as rien fait de mal, riposta Marcel qui entraîna son nouvel ami à la fontaine pour les ablutions nécessaires avant la collation.

Mme Perquin fit fête au convive qui, mieux débarbouillé qu’à l’ordinaire, était vraiment gentil, malgré son teint hâlé, car il avait de grands yeux gris dont l’effarement s’était changé en gaîté à l’aspect du repas préparé.

Certes le gendarme n’avait pas renoncé à questionner l’hôte inattendu, mais il voulait l’apprivoiser d’abord et comptait sur l’enjouement de Marcel pour accomplir cette tâche.

Bientôt l’invité déclara entre deux bouchées qu’il s’appelait Pierre Embrun, était orphelin et vivait avec son oncle et sa tante, vanniers ambulants.

- Ils ne t’envoient pas souvent à l’école, observa M. Perquin.

- C’est difficile. On voyage tout le temps.

La porte de la salle à manger s’ouvrit et quelqu’un qu’on n’avait pas entendu monter, entra.

- Votre noyé me paraît en bonne santé, dit-il. [Fin colonne 3]

 

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- Comme vous voyez, répliqua l’heureuse maman.

Pendant que le docteur serrait des mains amies, le convive s’était levé comme tout le monde et se tenait à l’écart sans qu’on fît attention à lui. Soudain les regards du médecin rencontrant ceux de l’enfant, un cri de joie retentit :

- Papa !

Se jetant au cou du pauvre père ahuri, l’enfant l’étreignit de toutes ses forces.

M. Mérignon avait chancelé sous le choc. Il se dégagea rapidement et, tenant le vagabond à distance par les épaules, il l’examina en silence avec calme, se refusant à comprendre, croyant à une méprise, ne reconnaissant plus son fils.

- Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il enfin.

- Albert Mérignon.

- Tu viens de nous dire Pierre Embrun ! s’exclama le gendarme.

- C’est le nom qu’on m’a donné… Ce n’est pas le mien… Oh ! papa !... Où est maman ?

La voix était celle d’Albert, plus grave cependant.

- Tu la verras bientôt dit le père ému. Mon pauvre chéri, que t’est-il arrivé ?... Quels sont les misérables qui t’ont gardé loin de nous ?... Comment es-tu devenu un mendiant ?

- Je vais te le raconter, papa.

- Eh bien ! non… Ne me dis rien… Viens embrasser ta mère d’abord.

Mme Perquin s’interposa.

- Oh ! docteur ! s’écria-t-elle. Ne craignez-vous pas que l’émotion ne soit trop forte pour Mme Mérignon. Ne vaudrait-il pas mieux la préparer à l’entrevue ?

- C’est inutile. Elle n’a jamais cru que son fils fût noyé… Elle était persuadé qu’on l’avait enlevé…

[Fin colonne 1]

 

 

Les circonstances lui ont donné raison… Merci, mes amis, nous reviendrons ici ensemble.

Gentiment Albert tendit la main à Marcel, presque aussi heureux que lui, mais plus loquace, et qui lui dit en l’accompagnant jusqu’à la porte.

 

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- Tu vois, mon vieux… Ca t’a porté bonheur de me sauver la vie. Tu as retrouvé tes parents.

Une heure plus tard, Embrun, arrêté par deux gendarmes et conduit au commissariat, s’y rencontrait avec le docteur Mérignon. [Fin colonne 2]

 

Là on s’expliqua. Le commerçant ambulant raconta ce qu’il savait.

Son frère, qu’il voyait rarement et qui dirigeait un théâtre forain, était mort quatre ans auparavant après l’avoir prié de prendre soin d’un enfant adoptif. Ce petit garçon avait été trouvé errant sur le bord de la Seine, à Poissy, à la recherche de son chapeau enlevé par le vent.

- Je reconnais, ajouta le vannier, que j’aurais dû remettre l’enfant à la police, mais je venais de subir un mois de prison pour maraudage et je craignais d’être soupçonné de rapt. Ma femme m’a conseillé de garder le petit qui pouvait nous être utile et de le faire passer pour notre neveu. En réalité, il ne nous a guère rendu service car il n’aimait ni faire la vannerie ni la vendre. Nous ne l’avons pas gâté, c’est vrai, mais nous ne l’avons pas maltraité non plus. Il a toujours mangé à sa faim. S’il a retrouvé sa famille, tant mieux pour lui.

On ne put tirer de cet homme d’autres détails. Il partit, promettant de revenir le lendemain pour être confronté à Albert et remerciant le médecin qui refusait de porter plainte contre lui.

M. Mérignon se proposait même de remettre une somme convenable à celui qui, ayant à tort gardé l’enfant, l’avait néanmoins nourri et logé pendant quatre ans.

Mais le lendemain, il ne vint point au rendez-vous. Les vanniers avaient disparu pendant la nuit, renonçant à la compensation promise. On apprit bientôt que plusieurs vols, commis dans la région, leur étaient attribués. Ce fut l’explication de leur fuite.

Ces évènements impressionnèrent beaucoup Marcel Perquin. Il évita désormais de se promener seul au bord de l’eau où l’on peut se noyer et où l’on peut aussi rencontrer des gens capables des plus mauvaises actions.

Maxime de Méria.

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Il est au bout de la Camargue, à la pointe du « désert de sel », à 37 kilomètres d’Arles, un village pittoresque qu’on a nommé les Saintes-Maries-de-la-Mer. Il s’y élève une belle et curieuse église du XIIe siècle au culte de laquelle se rattache une fort originale légende, celle des trois Maries.

L’église des Saintes-Maries fut élevée, dit-on, au point où les saintes femmes de l’Evangile, Marie Jacobé, Marie Salomé, et Marie Magdeleine, accompagnées de leurs servante Sara, abordèrent, après la mort du Christ, portées par un bateau qui n’avait ni voiles ni rames. Chassées par les Juifs qui persécutaient les disciples de Jésus, elles durent monter sur une barque désemparées ; mais le ciel les protégeait, et leur esquif poussé par un ange, aborda sur les côtes de Provence. Les trois Maries évangélisèrent par la suite toute la province et

 

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et furent ensevelies aux lieux mêmes où elles avaient abordé miraculeusement.

Plus tard, au XVe siècle, lorsque le bon roi René voulant élever un tombeau somptueux aux saints, fit fouiller la terre pour exhumer leurs restes, on en retira seulement quelques ossements dont s’exhala un parfum merveilleux.

Au culte des trois Maries se rattachent les curieuses croyances des Romains. Aussi chaque année, à l’occasion des deux grands pèlerinages qui ont lieu à l’église des saintes, les Bohémiens de France, et même d’Espagne et d’Italie, viennent se réunir en une foule bigarrée, colorée et éclatante sous le soleil, de l’aspect le plus pittoresque. Chaque pèlerinage est suivi de réjouissances locales telles que des courses de taureaux, de farades, de farandoles, etc., et constitue un spectacle unique.

C’est dans cet admirable cadre que Mistral a fait mourir son héroïne Mireille « face à la mer » et que le grand musicien Gounod vint chercher l’inspiration.

Eh bien ! cette merveille de notre pays, les Saintes-Maries sont destinées à disparaître. La mer les mange.

On avait cru que cela tenait à un simple fléchissement du terrain, mais il n’en est rien et une simple digue pourrait enrayer le mal, et, de hautes personnalités [Fin colonne 1]

 

l’affirment, il suffirait de quelques crédits pour sauver les Saintes-Maries qui sont une des plus belles choses de France et un nid de souvenirs.

 

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Le titre de roi octroyant la toute-puissance, la foule s’imagine volontiers les monarques comme étant doués d’un physique en rapport avec leur situation. Leur majesté s’accompagne ainsi, dans l’esprit populaire, d’une haute stature, d’une carrure imposante reposant sur des bases solides, et de mains puissantes tenant fermement le sceptre et l’épée. Charlemagne, dans les temps jadis, réalisa ce type parfait du souverain qu’incarna à merveille de nos jours le roi Oscar de Suède. De cette conception sortirent, du reste, diverses expressions de droit, de poids ou de mesure, telles que : main de roi, poids de roi, pied de roi.

 

 

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Les pauvres de l’Hindoustan, plus que personne, doivent partager cette manière de voir, aussi durent-ils trouver Sa Majesté Georges V, roi d’Angleterre et empereur des Indes, lors du Durban de Delhi, beaucoup trop maigre et moins royal que son père Edouard VII.

Il existe en effet aux Indes une coutume fort curieuse et remontant à la plus lointaine antiquité, qui consiste à distribuer aux pauvres de la colonie le poids en or ou en argent du souverain nouvellement élu.

C’est ainsi que dans une cérémonie qui eut lieu à Calcutta, et coûta près d’un demi-million de francs, le roi George V dut se placer sur le plateau d’une balance que l’on équilibra en mettant dans l’autre plateau des lingots d’or, puis d’argent, de façon à fixer ces diverses valeurs métalliques qui furent ensuite converties en monnaies et distribuées sous cette forme aux indigents.

Par bonheur pour les contribuables français, cette coutume ne s’est pas établie chez nous, car s’il fallait distribuer dans chacune de nos colonies le poids de notre président, il y a fort à penser que le budget de l’Elysée n’y suffirait pas. [Fin colonne 2]

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… et de faire le plus long trajet par la voie de terre, bien que les forêts fussent aussi mal fréquentées que la mer. Ils louèrent un guide, et quelques-uns de ces bœufs de selle et de trait, appelés zébus, dont se servent les Asiatiques. Un soir qu’ils campaient tranquillement…

 

 

 

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… des naturels du pays, qui chassaient aux environs, les découvrirent et les attaquèrent. Pendant que les deux Européens se défendaient, leur guide s’enfuyait avec les bêtes, dans la nuit, ce qui augmenta la rage des assaillants. Bientôt Hector et le négociant furent désarmés…

 

 

 

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Mais le comédien, toujours avisé, n’avait pas lâché sa boîte aux accessoires. On les mena au camp de ces sauvages, qui étaient trapus, cuivrés, et vivaient de rapines. Ils firent venir leur chef, et tous délibérèrent dans une langue inconnue sur le sort de leur prise…

 

 

 

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Après quoi, il s jetèrent sur les captifs des regards empreints d’une joie cruelle, et les sorciers se mirent à danser et à chanter d’une voix glapissante. Saisi d’une nouvelle idée, Hector profita d’une accalmie pour entrer dans leur cercle…

 

 

 

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… et il chanta du mieux qu’il put les meilleures chansons de son répertoire. D’abord surpris, les auditeurs se rapprochèrent, approuvèrent du geste, et se montrèrent enfin si charmés, qu’ils décidèrent entre eux de laisser les prisonniers aller et venir dans leur camp.

 

 

 

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C’était déjà une chance d’évasion due à l’art du comédien, mais ce n’était pas suffisant. En effet, si les insulaires lui témoignaient des égards, ils traitaient fort mal le pauvre négociant, et il était évident qu’ils avaient décidé sa mort pour un jour très proche.

 

 

 

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« - Cette fois, lui dit Hector, mes accessoires vont nous tirer d’affaire. Feignons une grande animosité l’un contre l’autre, injurions-nous, battons-nous. » La scène eut lieu, en effet, à la nuit tombante. Après mille injures, Hector saisit un poignard dont il fit briller la lame…

 

 

 

 

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… et l’enfonça jusqu’à la poignée dans le corps du marchand. Celui-ci tomba, noyé de sang, et les naturels présents applaudirent. Ils aidèrent même Hector à transporter son compagnon dans un petit bois hors du camp, où ils abandonnaient leurs morts.

 

 

 

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Aussitôt qu’il se vit seul, M. Léonard se leva prestement, et se débarrassa de la poche pleine de couleur rouge cachée sous ses habits, se félicitant que le comédien eut emporté avec lui une de ces armes de théâtre dont la lame rentre dans la poignée. Il gagna ensuite la côte.

 

 

 

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Tranquillisé sur le sort de son compagnon, Hector attendit l’occasion de dérober un manteau du pays, et s’étant badigeonné de jaune, il se fit si bien la tête de ses gardiens, qu’ils le virent franchir l’enceinte de leur camp sans aucun soupçon. Il rejoignit le marchand.

 

 

 

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Et comme ces parages étaient assez fréquentés par les bâtiments levantins, ils purent, à l’aide de signaux attirer l’attention de l’un d’eux, qui les emmena enfin au lieu où ils désiraient aller. Ils eurent la joie d’y trouver leur fidèle guide avec sa caravane…

 

 

 

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… qui les attendait, confiant en la valeur et l’habileté des Européens. Pleins de reconnaissance pour Hector, le négociant lui offrit de quoi retourner en France reprendre son art, et lui donna une si forte part de son entreprise, qu’il put bientôt monter lui-même un théâtre.

 

 

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Tourton est un brave artilleur, tout frais arrivé de sa campagne. Il est depuis quelques mois seulement au régiment, lorsque le colonel réunit ses hommes dans la cour de la caserne pour féliciter publiquement l’un d’eux qui a courageusement arrêté un cheval emballé. Tout remué par les vibrantes paroles de son chef, Tourton se jure lui-même de se distinguer par un acte d’héroïsme à la première occasion.

 

 

 

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C’est animé de ces dispositions qu’il sort en ville le dimanche suivant. L’œil aux aguets, il épie tous les incidents de la rue, cherchant le moment propice pour se manifester. Comme par un fait exprès, tout est calme, les chevaux eux-mêmes semblent s’être donné le mot pour être d’une douceur incomparable.

 

 

 

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« Oh ! oh ! mais voici qui peut devenir intéressant : ces deux individus tapis à l’encoignure de cette maison me semblent méditer un mauvais coup. Tourton, mon ami, il faut surveiller cela en alliant la prudence de la panthère à l’habileté du renard. Avançons subrepticement suivant les règles de la tactique militaire et partons en reconnaissance. Sapristi, mon flair d’artilleur ne m’a pas trompé, y en a qu’a dit à l’autre :

 

 

 

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« - Dès que la porte s’ouvrira, on lui tombera « dessus ». sur que c’est un guêt-à-panse et que ces gens-là sont incontinent bourrés de noirs desseins. Attention, Tourton, v’là la porte qui s’ouvre et les deux bandits s’apprêtent à bondir sur leur victime.

 

 

 

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… Première batterie, feu ! et pan et pan, attrape mon colon, t’as beau crier, rends-toi, ou je tire à mitraille. » Surpris par cette attaque imprévue, l’un des deux hommes roule à terre, mais son compagnon a le temps de se précipiter sur l’individu qui vient de sortir. L’artilleur a cependant affaire à forte partie, il sent que si la lutte continue, il va avoir le dessous. Heureusement, des agents attirés par ses cris arrivent au pas de course.

 

 

 

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Ah ! mais c’est trop fort, sur un mot que les bandits viennent de leur dire à voix basse, voici les représentants de l’autorité qui se précipitent sur Tourton, et sans le moindre ménagement lui passent les menottes. « - Il y a erreur ! » crie le militaire. « - Silence, ou je cogne, espèce d’apache, » répond le sergent de ville. Médusé, ahuri, Tourton, enchainé avec l’homme qu’il voulait délivrer des griffes de ses assaillants, se laisse conduire au poste de police.

 

 

 

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Le voici devant le commissaire. Enfin il va pouvoir se disculper et recevoir les éloges qui lui sont bien dus pour sa belle action. Ah ! bien oui, le sévère magistrat veut à toute force le fourrer en prison, pour coups et blessures portés aux agents de la force publique, car ceux qu’il avait pris pour des malandrins, étaient en réalité des agents de la sûreté, chargés d’arrêter un dangereux malfaiteur. L’intervention de Tourton avait même failli empêcher l’arrestation de ce dernier. A la fin, convaincu de la bonne foi du troupier, le commissaire voulut bien le remettre en liberté.

 

 

 

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Mais Tourton est désespéré. Qu’est-ce que va penser le colonel de cette histoire ? Dans le fond, il va peut-être le soupçonner d’être un soldat apache. Quelle sale affaire ! Il n’y a pas, il faut faire un coup d’éclat pour racheter cette abominable gaité. « Tiens, mais pourquoi cette foule sur les ponts et les quais de la Seine ? Une noyage, peut-être ! » L’artilleur parvient au parapet juste à temps pour apercevoir un homme qui se débat dans l’eau.

 

 

 

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Comme dans un éclair, Tourton voit en imagination la cour de la caserne, tout illuminée de soleil. La musique, le colonel, tout le régiment est là, et lui, Tourton, au centre de la cour, s’avance vers les officiers pour recevoir la médaille de sauvetage. Comme hypnotisé par cette vision, il se jette sans hésiter dans le fleuve pour repêcher le noyé

 

 

 

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Comme il est bon nageur, il a la joie de rattraper en quelques brasses la victime de l’accident, dont la tête émerge seule. Il va le saisir, déjà il tient une jambe, mais quoi, l’autre se débat violemment en vociférant. Le soldat n’y comprend goutte, car son noyé parle anglais, mais il est manifeste cependant que ce dernier est furieux. « Bon, pense Tourton, c’est un particulier qui veut se suicider. Mais moi, ce représentant de l’armée française, je suis là pour le [Texte manquant]

 

 

 

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Bon gré, mal gré, il ramène son homme sur la berge. Puis dans une attitude à la fois héroïque et modeste, il attend les félicitations. Justement, voici un groupe de messieurs en redingote qui s’avancent au plus vite vers lui. Aïe, aïe, quel concert : « - Idiot, crétin, abruti, » telles sont les douces paroles qui lui sont d’abord adressées. Vaguement inquiet, Tourton commence à se demander s’il n’a pas encore commis une nouvelle gaffe. Hélas ! oui, et quelle gaffe ! il vient tout bonnement d’interrompre [Texte manquant]

 

 

 

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… en arrêtant l’Anglais Crampton, champion du monde, au moment où il allait battre tous les records. Immédiatement Tourton est reconduit à la caserne sous bonne escorte. Mais il expose si naïvement son cas au colonel que ce dernier doit se mordre la moustache pour ne pas éclater de rire. Toutefois, il sermonne vertement le soldat et lui enjoint de ne plus oublier à l’avenir que la bonne volonté ne suffit pas et qu’il faut toujours réfléchir avant d’agir.

15 septembre 1912 : Page 1

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Ah que coucou !

 

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume et comme promis hier, je poste l’Illustré complet qui est paru le 15 septembre 1912…

 

Evidemment, je ne vais pas faire une présentation pour chacune des pages ;)… tout comme, je ne vais pas à nouveau répéter comment s’y prendre pour refaire les pages parce que c’est comme pour le numéro précédent, tout comme les dimensions de l’illustré sont comme le numéro précédent…

 

Donc je n’ajoute que les images et les textes pour que vous puissiez, à votre tour, reconstruire ce numéro…

 

Bisous,

@+

Sab

 

 

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Hector était un pauvre comédien qui ne parvenait pas à gagner sa vie, malgré un réel talent. Lassé de la misère, il accepta le premier emploi qu’un ami lui procura ; un négociant, M. Léonard, s’embarquait pour les ports asiatiques et avait besoin d’un commis…

 

 

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Ne perdant pas l’espoir de reprendre un jour son art, Hector emporta précieusement sa boîte de fards et d’accessoires, ne prévoyant pas quels services elle allait leur rendre à tous deux. Ils firent sans incidents une longue traversée monotone…

 

 

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… et arrivèrent dans un port où M. Léonard devait fréter une saïque (bateau levantin) pour transporter sa petite cargaison à destination. On les prévint alors que des pillards indochinois et malais sillonnaient l’océan Indien et qu’ils eussent à s’en garer.

 

 

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Le négociant prit cet avertissement si peu au sérieux, qu’il négligea de s’armer. Hector était plus inquiet et il avait raison car, une fois au large, le petit bâtiment fut accosté par une jonque pillarde montée par des gaillards jaunes, à figure patibulaire.

 

 

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Ils transbordèrent sur leur bateau les deux Européens et les colis, et laissèrent aller les matelots malais qui composaient l’équipage : Hector, qui avait son idée, s’efforça de ne pas laisser voir son visage, et comme il faisait sombre, il y réussit parfaitement.

 

 

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Il avait pu conserver sous son manteau la boîte aux fards. On descendit les captifs à fond de cale, et on leur mit les fers aux pieds. N’étant pas surveillés, Hector put se grimer à son aise, et quand un pirate vint leur apporter à manger, il vit d’abord M. Léonard…

 

 

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… puis un vieillard décrépit et courbé, qui le supplia de lui ôter ses fers, étant trop faible pour les supporter. Le capitaine, consulté, le permit. Il avait du reste l’intention de conserver ses prisonniers afin de les rançonner lorsqu’ils seraient à terre.

 

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Hector, délivré de ses fers, se mit à rôder sur le pont, toussotant, marmottant et branlant la tête. Il observait sans relâche et, sachant un peu d’espagnol et d’anglais, il saisissait bien des mots du dialecte des pillards. Il apprit ainsi que le navire était poursuivi par un garde-côte.

 

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En effet, une voile lointaine semblait lui donner la chasse, mais confiants en leur avance et en leur vitesse, les marins ne s’abstinrent pas de s’enivrer, une nuit, dans la cabine, ne laissant sur le pont que l’homme de quart et le pilote. Hector profita de cette occasion.

 

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Ayant dérobé des outils – car on ne surveillait guère ce vieillard inoffensif et quasi aveugle – Hector alla délivrer son compagnon. Ils rampèrent le long du bordage, saisirent le pilote, le garrottèrent et le bâillonnèrent puis changèrent la direction du bateau.

 

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La jonque, au lieu de fuir, fit un demi-cercle et se mit à courir latéralement, ce qui la rapprochait du navire poursuivant. Pendant ce temps, M. Léonard réduit l’homme de quart à l’impuissance. Peu après, un premier coup de canon trouait la coque du bateau vide.

 

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Les marins ivres montèrent en désordre sur le pont, mais Hector avait déjà lancé à la mer tout ce qu’il avait trouvé d’armes. L’abordage eut lieu ; on captura les pillards et les deux étrangers furent ramenés dans le port le plus proche. Ils décidèrent cette fois de bien s’armer…

 

(Voir la suite page 2).

01 septembre 2012

8 septembre 1912 : Page 12 (3/3)

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Il y avait autrefois, dans les armées du Roy, un vaillant capitaine qui s’appelait Colin Maillard. Toujours le premier aux assauts et dans les combats, il s’était fait une réputation de bravoure qui était devenue légendaire.

 

 

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Or, dans une bataille qu’un jour il livrait à des ennemis supérieurs en nombre, il fut aveuglé par un coup de feu.

 

 

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Aussitôt il porta les mains à ses yeux et, comme la douleur qu’il ressentait était excessive, un soldat qui se trouvait près de lui s’empressa de tremper son mouchoir dans l’eau claire et l’appliqua, en le nouant par derrière, sur les paupières meurtries de son capitaine.

 

 

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Tandis que ces premiers soins lui étaient prodigués, les hommes qui composaient sa troupe avaient battu en retraite, et un officier ennemi ayant vu son terrible adversaire mis hors combat, s’approcha de lui, à l’effet de le faire prisonnier.

 

 

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Colin Maillard, les yeux bandés et réduit à l’impuissance, ne put que se résigner à son sort. Alors l’officier ennemi le fit conduire sans tarder sous la tente de son général en chef et lui dit : « - Maintenant que tu ne vois plus, nous n’avons plus rien à craindre de toi ; d’ailleurs tu es à présent en notre pouvoir. »

 

 

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Ce à quoi Colin Maillard répondit : « - Je suis votre prisonnier,, soit, mais sachez que ma cécité ne m’empêche pas de discerner un allié d’un ennemi. « - Oh ! oh ! fit l’autre, c’est beaucoup s’avancer, l’ami ; je veux tenter l’expérience. Que tu devines qui te touchera et que tu me donnes ensuite une somme convenable, et je le promets de te rendre la liberté. – Marché conclu », dit l’intrépide blessé.

 

 

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Retourné et les mains derrière le dos, Colin Maillard attendit que quelqu’un vînt vers lui. Alors un officier appartenant à l’état-major ennemi, et dont le dolman était constellé de décorations, s’approcha du captif, mais au cliquetis des crois, Colin Maillard l’identifia bien vite.

 

 

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« - C’est l’aide de camp, s’écria-t-il. – Bravo ! fit le chef, tu es prompt et précis dans ta réponse ; ainsi que cela t’a été promis, tu vas être reconduit séance tenante auprès de tes soldats. »

 

 

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Ainsi fut fait. La somme exigée fut versée, et Colin Maillard, ramené au camp, fut porté à l’ambulance où on lui prodigua les soins que nécessitait sa blessure. Mais cette aventure fit du bruit, et tout le soir on en parla dans les salons du Roy.

 

 

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Les dames de la cour, toujours en quête de nouveaux jeux de société, créèrent le jeu de colin-maillard : il s’agissait, les yeux bandés, de dire le nom de la personne que la main parvenait à saisir.

 

 

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Ce jeu fit bien vite fureur et ne tarda pas à répandre dans toutes les sociétés : les enfants s’en emparèrent et il devint bientôt universel. Quant au brave capitaine, qui en avait été le parrain…

 

 

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… son infirmité ne lui permit pas de

Carrière, mais son nom n’en est pas

Célèbre et l’aventure dont il fut le héro

Que la postérité en garde la mémoire.

 

[TEXTE MANQUANT à la fin de la cellule :’(]

 

 

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8 septembre 1912 : pages 10 & 11 (2/3)

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Le cirque Caroni, jadis si florissant, est maintenant un établissement de cinquième ordre. Son malheureux propriétaire se rend compte que les belles recettes ne reviendront jamais plus et il se désole ainsi que sa fille Rosette et son clown Badaboum.

 

 

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Caroni est pourtant de première force dans les exercices équestres. Il va caresser son cheval Coco, animal jeune encore, mais moins fringant depuis que l’avoine lui est comptée avec parcimonie et depuis qu’il est forcé de trainer la roulotte à la place d’un vieux camarade mort. Coco semble dire à son maître : « - Trouve un numéro inédit, car tu sais bien qu’il n’y a plus que la nouveauté qui réussit auprès du public. » Du nouveau ! Caroni y songe bien, mais ça n’est pas commode à trouver !

 

 

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C’est aussi l’idée du clown Badaboum. Ce jeune homme de vingt-cinq ans, de son vrai nom Pierre Lefort, est un garçon intelligent et instruit. Il n’avait pas trouvé de position, ses études terminées, et, un jour, las de lutter pour la vie, il allait se pendre, lorsque M. Caroni avait empêché son acte de désespoir et l’avait gardé avec lui.

 

 

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Vêtu, dès lors, d’un vieux costume de clown, et sous le surnom de Badaboum, Pierre amusait le public et était un aide précieux pour M. Caroni. Reconnaissant de ce que son patron avait fait pour lui, il se rendait compte que bientôt le cirque serait saisi et il cherchait un moyen d’éviter ce désastre.

 

 

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Vivant dans l’intimité de Caroni et de sa fille, Pierre n’avait pas tardé à s’éprendre de Rosette, gentille équilibriste, à laquelle il n’était pas indifférent. Mais il n’osait parler de son projet à Caroni, de peur d’empêcher peut-être un mariage plus brillant pour sa fille.

 

 

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Afin de retarder si possible la saisie du cirque, la petite troupe se met en route, un soir, pour une ville voisine et pendant que la voiture roule, Pierre a soudain une idée en regardant une image qui représente un éléphant à la démarche lourde et pesante, Il en fait part à Rosette.

 

 

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Celle-ci, enthousiasmée par l’idée de Badaboum, lui promet sa main s’il réussit et veut bien le seconder dans l’exécution de son plan. Tous deux se mettent au travail et taillent dans de vieilles toiles du cirque hors d’usage, un magnifique complet d’éléphant.

 

 

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Le lendemain, pendant que Pierre habille le cheval Coco avec ce complet, Caroni survient et s’étonne. Pierre lui explique son plan : « - Au lieu d’un éléphant mastoc et lourd comme ils sont tous, nous montrerons au public un animal souple et agile, puisque c’est votre beau coursier qui remplira le rôle. »

 

 

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Très amusé, Caroni oublie pour un instant ses soucis et monte sur la bête. L’éléphant comique rue, saute et piaffe. La répétition est très brillante et fait présumer d’heureuses représentations. « - Le costume d’éléphant sera pour Coco ce que le costume de clown a été pour moi, c’est-à-dire un succès, » explique Pierre.

 

 

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Le brave garçon ne s’était pas trompé. La première représentation avec l’éléphant comique eut un très gros succès qui ne fit que s’accentuer par la suite. Si bien qu’on dut un beau jour refuser du monde, et on augmenta le prix des places.

 

 

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L’argent rentra dans la caisse, les dettes furent payées et le clown Badaboum songea sérieusement cette fois à demander sa récompense. Il pensait bien qu’à présent Caroni lui accorderait la main de sa fille Rosette, mais sa timidité était si forte qu’il n’osait pas parler encore.

 

 

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Un évènement vint le tirer d’embarras quelques jours plus tard. Il y avait dans la ville deux malandrins, anciens forains, qui avaient constaté le succès de l’éléphant comique et avaient projeté de le voler. Ils savaient où on remisait la bête à la fin de la représentation.

 

 

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Mais ce soir-là, Badaboum, après avoir déshabillé le cheval, avait dit à Caroni : « - L’éléphant comique a un gros succès, mais si Coco tombait malade un jour, qui doublerait son drôle ? Nous n’avons pas encore de cheval de rechange.. Si vous m’en croyez, voyons si nous-mêmes nous ne pourrions pas exécuter une scène, moins comique et moins folle certainement, mais présentable néanmoins. »

 

 

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Devant ce raisonnement juste, Caroni et son clown s’étaient placés dans la robe de l’éléphant, lorsqu’on entra dans la remise où ils se trouvaient. Croyant que c’était Rosette qui venait les faire répéter, ils se laissèrent emmener par les deux malandrins que nous connaissons.

 

 

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Ils marchèrent un bout de temps, puis les deux voleurs firent entrer le cheval – car ils savaient parfaitement que l’éléphant était un animal déguisé – dans une écurie qu’ils avaient louée. Mais au moment de déshabiller le cheval, ils s’aperçurent qu’ils ne possédaient pas d’allumettes. «  Bah ! se dirent-ils, fermons la porte à triple tour, dès demain matin nous le débarrasserons de sa robe et déguerpirons avec lui. »

 

 

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Restés seuls, Caroni et Pierre sortirent de l’éléphant et se rendirent compte de leur situation, car ils avaient entendu les dernières paroles des voleurs. Ils étaient enfermés, mais en grimpant le long d’une poutre, ils purent atteindre une lucarne et s’évader.

 

 

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« - Sans toi, Badaboum, notre cheval et son déguisement nous étaient volés. Je te dois une récompense. Que désires-tu ? » dit Caroni au clown, chemin faisant. Pierre s’enhardit alors et demanda à l’écuyer la main de sa fille, qui lui fut accordée de bon cœur. Le lendemain, de bonne heure, les deux malandrins s’aperçurent avec stupéfaction…

 

 

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… que leur écurie était vide. Ils ne s’expliquaient pas comment un cheval avait pu disparaître par une lucarne. « - Il n’y a pas à en douter, dirent-ils, c’était bien un cheval extraordinairement savant. Nous avons raté notre affaire ! » Inutile de dire qu’une heure après ils étaient arrêtés par les gendarmes, sur la dénonciation de Caroni et de son futur gendre.

 

 

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